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Exclusif – Migration clandestine : Récits bouleversants d’un jeune rescapé de l’enfer libyen sur les passeurs

De la vingtaine, DAK (l’initiale du nom d’un jeune migrant guinéen fraichement rentré de la Libye) est l’un des nombreux rescapés qui viennent de regagner la Guinée grâce aux concours de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Dans une entrevue exclusive qu’il a accordée à Guinéenews, ce jeune guinéen révèle des informations relatives aux réseaux de passeurs parmi lesquels figurent certains compatriotes guinéens qui se livrent à la traite d’êtres humains, du Niger à la Libye en passant par l’Algérie. Les migrants qui passent par là sont victimes d’enlèvement, d’escroquerie et de tortures, nous apprend-on.

«Lorsque les migrants arrivent à Agadez, une ville nigérienne, frontalière avec l’Algérie. Là, ils sont retenus dans des foyers gérés par des ressortissants ouest-africains : (Gambiens, Sénégalais, Guinéens, Maliens, Léonais). Dans cette ville, nous avons été sommés de payer de l’argent. Celui qui ne trouve pas rapidement la somme demandée, passe la journée en genou sous le soleil, il reçoit 40 coups de fouet (matin, midi et soir)», confie notre interlocuteur.

Cette information se recoupe avec un post d’un camerounais sur You tube qui explique comment les noirs torturent leurs frères et les vendent aux touaregs.

«Parmi les passeurs, il ya un certain M. Bah. Il est originaire de Pita. Il soutire à  chaque migrant la somme de 35 000 FCFA avant de le confier aux convoyeurs Haoussa. Ces derniers, à leur tour, exigent de chacun des migrants, la somme de 70 000 FCFA pour continuer son chemin vers Akouta, la dernière localité du Niger à la frontière avec l’Algérie », a affirmé DAK.

Poursuivant, il soutient : « entre Akouta et In Guezzam, distant de 160 km, certains groupes de Touaregs font des patrouilles dans le désert pour dépouiller les migrants des objets précieux (l’eau, l’argent et biens). Les migrants sont souvent victimes de prise d’otage et de bastonnade de la part des ravisseurs. Après avoir déboursé 3000 dinars,  soit 15000 FCFA, nous avons été embarqués dans des Pick-up à  In Guezzam pour Tamanrasset. Pendant le trajet, ils nous dissimulent à l’arrière des pick-up sous les bagages.»

Interrogé sur la complicité de nos compatriotes, notre source répond : « à Madenia, une localité située à la frontière entre l’Algérie et le Maroc, des jeunes guinéens y sont installés et rançonnent 10 000 dinars à chaque passant. Ce point est contrôlé par un jeune de Mamou surnommé ‘’Obama’’ qui inflige toutes sortes de torture aux jeunes qui n’ont de moyens. A Wourgila, une localité située à la frontière entre l’Algérie et la Libye, il y a aussi un passeur originaire de Kindia surnommé ‘’Big’’. Ce dernier assure le passage pour Deb-deb, la première localité de la Libye où sont installés plusieurs foyers qui accueillent les migrants. Là, chaque migrant a la liberté de choisir son passeur pour la ville de Sabratha au bord de la méditerranée.»

C’est pendant le trajet pour Sabratha que les ravisseurs libyens bloquent des convois pour enlever les noirs qui sont conduits dans des prisons privées où ils leur imposent de payer une forte somme pour recouvrer leur liberté. A défaut, ils sont revendus à d’autres nouveaux maitres. «A Zintane, après 4 jours d’incarcération, un vieux militaire libyen a demandé de racheter les Guinéens (parce que de toutes les nationalités, c’est les Guinéens qui paient les rançons), ce jour, il a acheté 70 guinéens. Le temps pour lui d’évacuer le groupe, des rebelles libyens ont surgi dans ce pénitencier. Nous sommes passés dans les mains des rebelles à Zawiya où j’ai été torturé de fournir des informations sur mes parents en Guinée afin que les rebelles leur demandent une rançon. Voyant mon refus, ils ont coupé les nerfs de ma main droite. Quelques jours après, j’ai appelé mon père pour l’informer de ma situation. Mes parents ont transféré la valeur de 4 millions de francs guinéens contre ma libération. C’est un peulh qui est venu me chercher et m’a mis en relation avec monsieur Sanoh qui travaille au Consul de Guinée à Tripoli », a-t-il raconté son odyssée.

En décembre 2016, plusieurs Guinéens sont entrées en Libye via le Niger. Parmi eux, Abdoul Gadirou, un jeune originaire de la préfecture de Mali qui pratiquait librement le commerce à Mamou. Ce jeune et tant d’autres ont été kidnappés et conduits dans la ville de Bani Walid où il décéda dans des conditions atroces le 1er mars dernier.

La rédaction de Guinéenews© avait lancé une alerte à l’époque pour interpeller les autorités et institutions spécialisées dans la migration pour que des mesures idoines soit urgemment prises afin de prévenir cette tragédie que vivent actuellement ces migrants noirs en général et en particuliers des compatriotes guinéens dans cet enfer libyen à ciel ouvert. Mais rien n’y fut fait. Il a fallu l’enquête de la chaîne de télévision publique américaine, CNN pour que des voix se lèvent pour dénoncer cette traite des noirs en cours en Libye et que des dirigeants d’Afrique et du monde entier s’impliquent en faveur de ces jeunes damnés aux mains des tribus qui se livrent en ce 21ème siècle à cette pratique abjecte, cruelle et abominable, digne d’un autre temps qu’est l’esclavage.