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Les berges du Milo agressées par les hommes : le fleuve menacé de disparition

Le fleuve Milo, l’affluent du Niger qui traverse la ville de Kankan, côté sud, se trouve de nos jours dans un état assez lamentable.

Les nombreuses activités qui prolifèrent sur sa berge en sont pour quelque chose: la fabrication artisanale des briques, l’extraction du sable, les constructions anarchiques des maisons d’habitation, le dépôt des ordures, etc.

Pour ce qui concerne la fabrication artisanale des briques, cette activité occupe des milliers de personnes, qui en tirent leurs moyens de subsistance. Ces briques fabriquées à partir de l’argile cuite par les bois coupés en brousse sont revendues aux promoteurs immobiliers.

 

Conséquence : toute la berge du cours d’eau, jusque dans le lit, est jonchée de trous béants, telles les carrières d’exploitation artisanale de l’or.

Et comme si cela ne suffisait pas, c’est le lit du fleuve qui est aussi transformé en dépotoir d’ordures par les populations riveraines et certaines PME (Petites et Moyennes Entreprises) d’assainissement de la ville. Ce qui, selon les hydrologues, ferait courir au fleuve Milo, le risque d’une disparition.

 

Amadou Baïlo Camara est doctorant spécialiste d’Hydrologie à l’Université de Kankan et qui s’intéresse au Milo. Pour lui, le cours d’eau serait sérieusement menacé par des pratiques qui favorisent la dégradation de sa berge et son ensablement.

« La prolifération des fabricants artisanaux de briques sur la berge du fleuve, associée à la transformation de son lit en dépotoir de déchets de toutes sortes, ne plaide pas en faveur de la survie du fleuve », s’alarme M. Camara.

 

 

A l’en croire, le creusement de la berge du fleuve élargirait son lit, tout en favorisant le ralentissement de la vitesse d’écoulement des eaux. Ce qui serait à l’origine d’un ensablement accru du Milo.

Vu ce risque de disparition du fleuve, tout au moins dans son écoulement superficiel, Thierno Amadou Baïlo tire la sonnette d’alarme. « Les autorités compétentes doivent agir au plus vite avant que ça ne soit trop tard. Il faut amener les populations de Kankan à arrêter les pratiques néfastes qui sont en train de mettre en péril la vie du fleuve Milo », avertit-il.

Un autre facteur non moins important qui favoriserait la destruction du fleuve Milo, c’est la déforestation en amont du fleuve et qui constitue une véritable menace pour sa source. En tout cas, cette thèse que soutient le coordinateur régional des conservateurs de la nature de Kankan,  Commandant Lanciné Faro.

D’après lui, en plus du rôle assez nocif des fabricants artisanaux de briques, il faut ajouter l’intensification de l’exploitation de l’or et la culture de l’anacarde. « Le développement de l’exploitation artisanale de l’or associé au défrichement de grandes superficies pour la culture de l’anacarde, a fini par dénuder les sources du fleuve Milo », a déploré commandant Lanciné Faro qui accuse d’agression de la part des exploitants artisanaux de briques, d’or et des cultivateurs de l’anacarde, dans l’exercice de leurs activités, contre les lits majeurs des rivières.

« Les gens n’ont plus de respect pour les lits majeurs de nos rivières et n’hésitent plus à cultiver ou à y chercher de l’or. Toutes ses actions anthropiques affectent dangereusement la vie du Milo », a-t-il dénoncé.

C’est justement dans cette logique de prévention qu’un programme de déguerpissement des fabricants artisanaux de briques le long de la berge du Milo a été initié, lorsque le chef de l’Etat guinéen, Alpha Condé, a fait venir d’Afrique du Sud, vingt-quatre machines de fabrique de briques stabilisées. A cet effet, le Directeur préfectoral de l’Environnement de Kankan, Kerfala Camara, a réussi à organiser plus de 500 fabricants artisanaux de briques dans l’optique de leur octroyer ces machines.

« Avec cette organisation en coopérative, les fabricants artisanaux de briques se sont non seulement engagés à restaurer la berge du fleuve fortement dégradée, mais aussi à quitter ces lieux », affirme M. Camara.

Mais toute cette organisation s’est effondrée comme un château de cartes lorsque les machines ont été récupérées par les responsables locaux du parti présidentiel, le RPG Arc-en-ciel, apprend-on.

Selon Oumar Doumbouya du Bureau régional de l’Union des fabricants artisanaux de briques de Kankan, sa corporation a été mise à l’écart dans la gestion des machines, sous prétexte, dit-il, qu’elles sont la propriété du RPG Arc-en-ciel.

« Alors qu’on s’attendait à ce que les machines nous soient octroyées, comme promis par le président Alpha Condé, les missionnaires venus de Conakry nous ont dit que c’est le parti qui les a achetées et qui va donc en assurer la gestion », révèle Oumar Doumbouya. « Il était question de donner les machines aux fabricants artisanaux de briques afin de les amener à abandonner les pratiques artisanales jugées néfastes pour l’environnement et le fleuve Milo », ajoute-t-il.

Avec ce revirement dans la gestion des machines de fabrique des briques stabilisées à Kankan, c’est le projet de déguerpissement de la berge du fleuve Milo, envahie par des milliers de fabricants artisanaux, qui a été ainsi compromis. Conséquence : avec l’ensablement et les ordures, c’est la survie du fleuve  qui serait du coup compromise, à en croire les spécialistes.

D’ailleurs, selon le doyen Moussa Kaba, ex-comptable, c’est à cause de l’ensablement du fleuve Milo que le trafic fluvial entre Kankan et Bamako (République du Mali) se serait arrêté. Un trafic qui était assuré par un petit bateau. « Jusque dans les années 1998, la liaison Kankan-Bamako était aussi assurée par un petit bateau qui naviguait sur le fleuve Milo et le Niger. Cette liaison permettait non seulement le transport des personnes mais aussi celui des marchandises », témoigne M. Kaba. Sayon Condé, retraité, lance un appel pressant pour faire déguerpir ces nombreux sans emploi reconvertis en fabricants artisanaux de briques le long de la berge du fleuve et l’interdiction formelle aux populations riveraines de verser leurs ordures dans le lit du cours d’eau.

« Le fleuve Milo doit être sauvé du péril d’une disparition certaine à cause des diverses pratiques néfastes qui se développent sur sa berge », avertit M. Condé. Sinon, ce sont des milliers, voire des millions de vies qui risquent d’en pâtir, lance-t-il pour alerter l’opinion.