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Journée des médias : quid de la liberté de la presse en Guinée ?

Pour un pays qui a fait la Révolution pendant plus de 26 ans, les survivances restent encore vivaces et coriaces comme les mauvaises herbes qui poussent entre les pavés des changements. Parmi les réticences aux changements en Guinée, celles qui subsistent de façon notoire sont sans doute les libertés démocratiques et la liberté d’expression.

On ne peut pas dire que tout est parfait mais la tendance est positive. A entendre la liberté de ton des populations et des artistes à longueur de journée sur les ondes des radios privées, la liberté d’expression ne souffre d’aucune entrave. Mais, n’y a-t-il pas une différence entre la liberté d’expression et la liberté de la presse et des médias, à proprement parler ?

Si les populations sont libres de s’exprimer, il faut reconnaître que les artistes le sont un peu moins. La longue fermeture des plages à cause des morts de la plage de Rogbanè n’avait aucune arrière-pensée si elle n’avait pas été suivie de l’interdiction des spectacles de la musique urbaine, qui est une musique de dénonciation et de contestation. On a entendu que le groupe MHD interdit en France, mais en Guinée « Degg J Force 3 », ou quoi là, a eu toutes les difficultés à obtenir une représentation au Palais du Peuple. On a entendu la directrice de l’Agence guinéenne de spectacle bégayer sur sa tentative de faire capoter la représentation. On peut comprendre une chose : brocarder dans des broderies musicales qui attirent des foules est très agaçant pour les dirigeants. On ne peut pas ironiser et railler un père de famille et espérer de voir ses enfants et les membres de sa famille applaudir et danser, même dans les grandes démocraties, encore moins dans des démocraties en balbutiement, quoi que l’on dise. On espère que les Elie Kamano, les Takana Zion et autres, qui sont des intellectuels comme Sayon Bamba, l’actuelle directrice de l’agence guinéenne de spectacle, trouveront le juste milieu des choses.

Quant à la liberté de presse et des médias, la note aurait été plus reluisante que la moyenne si les licences bloquées depuis 2014 pouvaient être libérées en 2017. S’il devait y avoir restriction et limitation, pourquoi a-t-on libéré tout ce grand nombre et bloqué tous ceux qui attendent ?

Des médias se plaignent de recevoir moins d’annonces et de publicités venant des structures de l’Etat que d’autres, vrai ou faux, allez savoir. Certains médias se plaignent plus que d’autres d’avoir du répondant sur un certain nombre de questions sur les activités brûlantes concernant la vie politique et économique du pays. 

Sur la question, le gouvernement ne sait pas faire la part des choses. Comme les décrets présidentiels ne sont jamais publiés sur autres médias que la RTG, et personne ne s’en offusque, il était préférable aussi que les membres du gouvernement donnent la priorité à cette RTG de s’adresser à elle, puisque c’est l’outil de communication du gouvernement, mais beaucoup préfèrent s’adresser à d’autres médias. Si la discrimination se faisait dans ce domaine, il n’y aurait pas trop de plaintes objectives, mais lors des sorties du président de tous les Guinéens à l’extérieur en compagnie de la presse, pourquoi certains médias ne font jamais partie de la compagnie ? Le contact crée la chaleur et surtout, les infos ne sont crédibles que si elles provenaient des médias supposés hostiles.

Il faut aussi noter que le Djassa d’or organisé pour récompenser les meilleurs journalistes et les meilleurs groupes de médias, les murmures amers et malveillants existent, surtout concernant les meilleures radios et télévisions, les meilleurs présentateurs, les meilleurs commentateurs et autres, mais il faut reconnaître qu’il est impossible aux détracteurs de pouvoir suivre pas à pas tous ces nominés pour faire la part de choses en critiques et appréciations. Si la HAC abat ce travail de fourmi, il est très difficile de lui porter un jugement négatif, mais elle doit savoir que des personnes ne sont pas de son avis, dans certaines notations.

S’il faut parler des dirigeants et des institutions les moins hostiles à la liberté de la presse, on va faire plaisir à Alpha Condé. Le président crie sur tous les toits qu’il n’écoute pas les radios, il ne lit pas les journaux, il ne va pas sur internet, on peut le croire à moitié, puisqu’il est le souffre-douleur des médias et il en fait moins état. Normal pour quelqu’un qui a gratté chez Charlie hebdo et qui a croqué on ne sait combien d’autres. Quant à la HAC, Martine Condé fait des efforts et se fait violence pour garder une impartialité affectée, selon beaucoup de journalistes. Pour éviter d’être sujette à des récriminations intempestives, n’est-il pas nécessaire de réactiver l’OGUIDEM pour être moins impliquée dans certaines prises de décisions impopulaires, les tortues sachant mieux où se mordre ? 

En toute objectivité, la liberté de la presse en Guinée n’a pas atteint le niveau escompté, mais dans tous les châteaux en Espagne, hormis tous les petits « gnimi-gnama », la presse guinéenne demande des efforts supplémentaires des gouvernants. On a entendu que certains journalistes ne touchent pas le SMIG et on sait que beaucoup d’entre eux aussi doivent fournir pour se perfectionner davantage.

D’un certain avis, la liberté de la presse, c’est aussi la qualification des journalistes, pas la médiocrité, qui conduit souvent aux dérapages.

  Moïse Sidibé

 

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