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De retour à Conakry, Cellou décortique les grandes péripéties de sa tournée à l’intérieur comme si vous y étiez

De retour à Conakry après plusieurs semaines passées en Guinée forestière et en Haute Guinée, Cellou Dalein Diallo a expliqué mardi 9 mai, comment s’est déroulée sa tournée. Il s’est dit satisfait de cette prise de contact avec la population à la base. Car, dit-il, elle lui a permis d’échanger avec les différentes couches sociales afin de mieux comprendre leurs préoccupations.

Les objectifs de la tournée

«Ma tournée dans les régions de la Forêt et de la Haute Guinée avait un triple objectif. Le premier c’était de remercier les compatriotes qui avaient voté pour moi lors de l’élection présidentielle de 2015. Ils étaient nombreux à l’avoir fait, même si le plus souvent les suffrages ont été détournés ou annulés. C’était donc mon devoir d’aller les remercier. L’autre objectif, c’est que je voulais rencontrer la population à la base pour savoir quelle lecture mes compatriotes, les ouvriers, les paysans, les religieux faisaient-ils de la situation socioéconomique et politique de notre pays, savoir quelles sont les frustrations, leurs attentes et quelles sont leurs préoccupations. Le troisième objectif, c’était de rencontrer les responsables de l’UFDG à la base notamment les sections. Parce que je tiens à vous rappeler que l’UFDG est un parti qui a des sections dans 304 communes rurales. C’était l’occasion aussi de vérifier que les gens étaient toujours là, certains depuis 2008, victimes d’intimidations, de mauvais traitements, stigmatisation. Certains étaient considérés de traitres, parfois de bâtards même. Ils ont subi beaucoup de choses mais ils sont restés constants. Donc, les trois objectifs ont été naturellement atteints. En ce qui concerne les remerciements, je n’ai manqué de le faire lors des meetings. »

Cellou à la rencontre des menuisiers

« Ensuite, la rencontre avec la population a été extrêmement riche. J’ai rencontré des ouvriers, des menuisiers, des tapissiers, des gargotiers des gares routières, des éleveurs, des paysans, des imams, des patriarches, des coordinations, tous les préfets des préfectures visitées. On a échangé et ça m’a permis de savoir dans quelles conditions les Guinéens vivent. Il y a la frustration, le dénuement, la pauvreté et l’absence de toute aide pour la promotion de ceux qui travaillent.

On parle beaucoup d’agriculture, de suffisance alimentaire. Il n’y a aucun appui concret physique. Au niveau des ouvriers, j’ai rencontré des menuisiers comme celui de Faranah qui a un atelier. Il a envie de moderniser son équipement. J’ai discuté avec lui. Il m’a donné le nom des machines dont il a besoin et qui auraient pu accroitre son rendement et améliorer la qualité des produits qu’il met sur le marché. Mais il n’a aucun moyen. »

Aider les ouvriers, plus qu’une nécessité

« Donc, il y a un déficit d’assistance. Ils ont besoin du crédit, des formations, parce que le marché des meubles est aujourd’hui inondé par des produits importés. Si on n’aide pas les ouvriers à la base, ils ne peuvent pas améliorer la qualité des produits et être compétitifs sur notre propre marché national et moins encore exporter dans les pays voisins.

Il n’y a aucune formation, il n’y a aucun crédit, pas d’associations, de mutuelles. Il va falloir les organiser. Parce que ce sont des gens qui créent de la richesse, des emplois, mais ils ont besoin d’être aidés pour être compétitifs. Vous savez qu’avec la mondialisation, tous les marchés sont ouverts.

Aujourd’hui ils ne peuvent pas fournir au marché des produits comparables à ceux importés de la Chine en termes de qualité, de durabilité. Donc, il faut les aider. Vous voyez les gares routières. Il ne s’agit pas simplement de réglementer, il s’agit de les aider à avoir des conditions d’hygiène, quitte à mettre en place des mécanismes d’encadrement parce  que ce qui est plus facile pour un gouvernement, c’est de prendre des décrets.

Interdire ceci, dire que les conditions d’hygiène doivent être respectées. Il faut aider les gens à améliorer et à avoir des conditions de vie beaucoup plus acceptables par rapport à la question d’hygiène, de la qualité des prestations des produits mis sur le marché. »

Les difficultés des éleveurs

« J’ai rencontré les paysans, les agriculteurs et les éleveurs. Vous connaissez le conflit traditionnel entre agriculteur et éleveur. Les éleveurs qui se plaignent du vol de bétails. Et les voleurs sont en complicité avec l’administration du territoire, avec la justice. Il n’y a pas de sanction. C’est l’impunité.

Même lorsqu’on met la main sur un voleur, par la corruption, il réussit à se libérer ou lorsqu’il est condamné, il réussit à ne pas purger sa peine. Ce sont des problèmes récurrents. Maintenant, il y a le conflit entre éleveurs et agriculteurs.

Il n’y a pas encore de règles claires, c’est sûr qu’il est de la responsabilité de l’éleveur de veiller à ce que son cheptel ne détruise pas le champ de l’agriculteur. Mais il y a beaucoup de villages où ils sont à la fois agriculteurs et éleveurs. Ici, il n’y a rien dans l’élevage, puisque c’est l’élevage extensif qu’on a. Il n’y a pas de politiques particulières pour les aider. »

Les transports ont aussi des problèmes

« J’ai rencontré les transporteurs. De quoi se plaignent-ils ? De l’état du réseau routier, parce que le coût d’entretien du véhicule est opéré par l’état des routes, parce que les pièces de rechange s’usent très rapidement. Parfois ils sont obligés d’augmenter les frais de transport pour ne pas avoir la même demande, parce que lorsque les frais sont chers les gens préfèrent ne pas voyager. Il y a donc cela. Et puis, il y a l’insécurité sur la route. Les gens viennent organiser des attaques et pillent complètement les passagers. Il y a plein d’exemples. »

Le chef de file de l’opposition chez les forgerons

«J’ai discuté avec les forgerons. Les forges, c’est avec les mêmes techniques depuis des siècles. Il y a quelque chose à faire. Il faut rechercher comment améliorer les conditions de travail des forgerons qui font un travail laborieux. Mais là aussi, l’Etat doit chercher à moderniser les conditions de travail. Mais il n’y a rien en face.

Il faut voir ailleurs comment on a pu faire des innovations, des inventions pour aider justement tous ces ouvriers qui créent de la richesse et de l’emploi et qui font prospérer notre économie. Et s’ils sont aidés, c’est toute l’économie qui va tirer le bénéfice de leur performance. Mais s’ils ne sont pas aidés, ils courent le risque de disparaître parce qu’on ne peut pas fermer les frontières.

Il vaut mieux élaborer plus esthétiquement et compétitivement, puisqu’il y en a qui vont venir des autres pays et on va perdre notre tradition, mais également une partie importante de notre richesse. J’ai rencontré les chasseurs. Ils m’ont parlé de leurs problèmes.»

Protéger l’environnement ou appuyer les acteurs de la filière bois ?

«J’ai vu qu’il y a une ambigüité aussi dans les politiques du gouvernement entre la nécessité de préserver l’environnement et celle de favoriser les acteurs de la filière bois d’exercer des activités. La politique est ambigüe. De temps en temps on dit que la coupe du bois est interdite et on voit des grosses entreprises, qui sont en relation avec le pouvoir, transporter du bois et les petits ouvriers locaux n’ont pas accès au bois. On vient saisir leurs madriers et ils ne savent quel est le recours.

Il faut que le gouvernement clarifie cette politique. La nécessité de protection de l’environnement et des forêts et la nécessité de permettre, dans la transparence, aux acteurs de la filière bois de pouvoir travailler, vivre et faire vivre leur famille.

En plus, il faut de l’aide pour l’équipement, la formation, la mise à disposition des matériels. Il y a aussi l’accès à la matière première. Le préfet, le gendarme, le commissaire, disent que la coupe du bois est interdite, on confisque vos bois et vous n’avez aucun recours pour récupérer votre bien. »

 Cellou Dalein échange avec les administrateurs territoriaux

«J’ai rencontré les administrateurs territoriaux. Je leur ai rappelé leur rôle qui est d’abord de tenir la balance égale entre les partis politiques. Nos lois interdisent aux préfets, sous-préfets de faire de l’animation politique pour le parti au pouvoir. Mais la pratique c’est cela.

Je l’ai dit aux préfets et il faut qu’ils contribuent à la consolidation de l’Etat de droit et de la démocratie apaisée. Et pour ce faire, ils doivent être au dessus de la mêlée. C’est cela leur rôle. J’ai dit que je sais qu’on a une culture fortement encrée de parti-Etat et qu’ils sont plus que dans la dynamique du parti-Etat que dans la promotion d’une démocratie et d’un Etat de droit.

Mais je les ai exhortés à continuer à faire des efforts dans la promotion de l’Etat de droit et d’être neutres par rapport à l’animation politique des partis. »

La nécessité de la neutralité politique des autorités morales

«Aussi, il y a les imams, les patriarches que j’ai rencontrés. Naturellement, dès que vous les rencontrez, ils vous disent qu’il faut la paix. Je leur ai dit que je suis tout à faire d’accord, mais je souhaite qu’eux les patriarches, les coordinations [régionales], les imams, soient au dessus des partis pour être un recours parce qu’il y a une crise de confiance entre l’Etat et les citoyens, pour qu’ils interpellent les acteurs politiques pour le respect de la loi, des accords politiques, des droits des citoyens. Et pour qui ? Pour la défense des plus pauvres surtout lorsque les gens sont offensés par les représentants de l’Etat, ils n’ont pas de recours.

Et que ces sages qui appartiennent à la religion, aux autorités traditionnelles, se mettent au dessus des partis pour contribuer à la réconciliation des Guinéens, refuser la tribalisation du débat politique et interpeller les chefs pour qu’ils accomplissent leur mission de respecter et de faire respecter les lois.

Comme ils exhortaient au chef de file de l’opposition que je suis à œuvrer dans la promotion de la paix. Mais je leur ai dit que la paix se construit non pas par l’exhortation, en rappelant les vertus de la paix, mais en faisant en sorte qu’il y ait la paix du cœur.

Lorsque votre droit est violé, vous n’êtes pas en paix. Un homme qui n’est pas en paix peut mettre en danger la paix de l’autre parce qu’il est frustré. Je leur ai dit que c’est leur rôle  de veiller à ce que l’ensemble des acteurs respectent les lois. S’il n’y a pas de justice, il y aura difficilement la paix.

Ces autorités morales doivent prévenir les conflits et les gérer parce que la paix, à mon avis, c’est la paix du cœur. Lorsque vos droits sont respectés, vous n’êtes pas victime d’arbitraire, d’abus du pouvoir des gouvernants,  vous êtes  en paix et vous pouvez contribuer à la paix du voisin, à la paix du partenaire. »

La réconciliation à tout prix

«J’ai rencontré les gens du RPG. On m’a dit que ça c’est un café RPG, j’ai dit allons-y. J’ai dit débarrassons-nous des préjugés qui consistent à penser que le militant de l’autre parti, c’est votre adversaire.

Nous sommes tous d’accord que nous sommes tous des frères. Participons, chacun à son niveau, à la réconciliation des Guinéens et à la consolidation de l’unité nationale. Détribalisons complètement le débat politique. Chacun est libre de choisir son parti. C’est un droit reconnu par la Constitution.

Evitons qu’il y ait des conflits, la tribalisation de nos contradictions politiques, parce que ce n’est pas ethnique si le leader est ressortissant d’une telle communauté, l’autre leader est issu d’une autre, il ne faut pas opposer les communautés, puisque dans tous les partis il y a les ressortissants de toutes les communautés. Travaillons pour avoir des relations de cousinage, du sanakouya entre les gens du RPG, l’UFDG et les autres partis.

 C’est le discours que j’ai délivré. Et partout j’ai trouvé des oreilles très attentives  aussi bien au niveau des jeunes qu’au niveau des sages, quelle que soit la structure à laquelle ils appartiennent. »

Les confrontations évitées de justesse à N’Zérékoré et à Kankan

«Donc, j’étais très satisfait de cette tournée. Je me réjouis  d’avoir effectué cette mission même si on a voulu créer des incidents, des obstructions. J’ai refusé. C’était le cas à N’Zérékoré, mais ensuite le pouvoir central  a ordonné qu’on ne me donne aucun stade, aucune place publique pour faire des meetings. J’ai déploré cela, puisque c’est venu d’en haut. Mais je dois avouer que nous avons pu circuler librement en dehors de quelque rares cas comme à N’Zérékoré ou à Kankan où il y a eu des tentatives d’obstruction de passage de mon cortège.

Vraiment les choses se sont passées dans l’ensemble, sauf que je n’ai pas eu accès aux stades. J’ai déploré cela mais j’ai dit que je ne vais pas gâter la mission pour la promotion de la réconciliation, de la paix et de l’unité de la nation.

A N’Zérékoré, à la veille de mon arrivée ils ont dit qu’il y a des sacrifices sur la rue. Lorsque nous sommes arrivés, les femmes occupaient la rue et nous avons contourné pour éviter tout conflit et tout affrontement qui aurait pu coûter  à l’image de notre tournée, mais ensuite ce sont des Guinéens qui souffriraient. Après on est arrivé à un endroit, la police a dit qu’on passe de l’autre côté, j’ai demandé à mes militants de passer par là où la police a indiqué. On a donc évité une confrontation.

A Kankan, comme les stades et les places publiques étaient interdits, on a trouvé une place quelque part avec l’accord de la mairie. Le jour de ma réception, les militants arrivent et deux camions de gendarmes sont venus les disperser.  Quand on m’a informé, je leur ai dit de quitter là-bas et que ce n’était pas la peine d’entrer dans une confrontation quelconque. Puisqu’il faut que la mission se termine en beauté. »

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