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autofinancement pour fioritures au détriment de l’essentiel

Union Africaine: l’autofinancement pour des fioritures au détriment de l’essentiel

Comme les grandes problématiques qui font douter de l’efficacité d’un plan Marshall pour l’Afrique à cause des politiques différentes et divergentes des Etats, on peut voir un autre problème encore aussi épineux sinon peut venir s’ajouter aux difficultés et porter un sacré coup à l’orgueil prude de l’Union Africaine.

Après plus de 50 ans de financement extérieur, l’on vient de se rendre subitement compte que cela était humiliant. Ce qui est encore ridicule, c’est le déclarer et le clamer de façon audible à la face du monde avant d’avoir l’aval et l’accord de tous les membres sur le prélèvement de 0,2% sur leurs importations étrangères tout en excluant les importations et échanges interafricains. Il y a problèmes.

En effet, tous les pays n’ont pas la même monnaie, ils n’ont pas la même barrière douanière, pas les mêmes facilités d’importation avec les partenaires différents. Certains pays bénéficient du duty-free, pas d’autres. Avec la libre circulation des personnes et des biens dans un espace économique  commun donné, certains pourraient profiter sur d’autres de façon informelle pour alléger leurs importations avec des partenaires extérieurs au continent et payer moins. On a vu les trafiquants guinéens faire entrer frauduleusement du carburant à bas coût en provenance de la Sierra Leone et on a entendu que d’autres Guinéens exportent du carburant vers le Mali, le Sénégal par différents et subtiles subterfuges. On sait qu’un sac de riz ne coûte pas le même prix en Guinée et dans les pays de la zone franc.

Ensuite, les pays n’ont pas la même balance commerciale, certains importent plus qu’ils n’exportent, ce qui est un déficit commercial entraînant forcément un gap et un manque à gagner pour ces pays. Si les cotisations se multiplient, comment tiendront-ils débout ?

 En 1998-99, pour remettre l’OUA en marche, Kadhafi n’a-t-il pas payé des arriérés de cotisation pour un nombre de pays qui n’en pouvaient plus pour obtenir un quorum ? Plus près, au Mali en 2016, n’y a-t-il pas eu une entourloupette au sujet des arriérés de paiement de cotisation à l’ONU ?

Un an s’est déjà écoulé après cette décision commune, dit-on, de prélever ces 0, 2%, il n’y a pas encore 10 pays pour le faire. Seule la Côte d’Ivoire, probablement la future candidate à la présidence de l’UA, mais on peut se gourer, vient d’annoncer qu’elle va le faire et qui d’autre, puisque le pays du président en exercice de l’UA n’a rien dit de clair et précis, ou bien ?

Hormis tout ce qui vient d’être dit, il y a que ces 0,2% ne seront destinés que pour le fonctionnement des institutions souvent confrontées à des pannes sèches et pour financer des sommets de sommeil ou des retrouvailles pour faire la fête entre syndicat, pour ne pas dire des sommets pour rien. Pendant ce temps, en RDC, en RCA, au Soudan du sud, en Somalie, des choses pas catholiques se produisent à longueur de journée. A côté, Boko Haram, à lui seul, fait perdre le sommeil au Tchad, au Cameroun, au Niger, au Burkina Faso et à la plus grande puissance militaire de l’Afrique de l’ouest, le Nigeria. Au Sahel, les terroristes font la loi au Burkina, au Niger, au Mali malgré la présence de Barkhane et de la MINUSMA et il faut trouver plus de 400 millions d’euros pour mettre une défense commune, le G-5, parce que sur le continent, la Défense commune n’existe pas encore, faute de financement. Quant à ce qu’on appelle « La Force d’attente de l’UA », elle attend toujours. Les USA et l’UE sont en train de réduire leurs financements des forces d’interventions et celles de l’ONU. Et pour cause, le bruit court que les forces d’intervention affairistes créent l’embourbement pour demeurer sur place pour faire des affaires lucratives au su et au vu de l’Union Africaine muette comme une carpe. Ce qui veut dire qu’il y aura des gaps abyssaux à combler.

On peut se demander si ces 0,2%, qui sont et qui vont être la mer à boire, suffiraient à financer toutes ces absolues et urgentes nécessités incompressibles. L’on a trop vite mis l’orgueil et la souveraineté devant la charrue.

Alassane Ouattara très visionnaire a suggéré de réduire les sommets de sommeil à un, annuellement et non deux. Cette « coupe budgétaire » est significative mais insuffisante. Il faudrait encore chercher d’autres branches sans fruit à élaguer. On compte sur ADO qui est confronté à des micmacs domestiques incommensurables, de trouver le moyen de ne plus faire la manche chez les bailleurs de fonds internationaux.

 Mais si les uns parlent de ne plus tendre la sébile vers les puissances pour financer le fonctionnement de l’UA, d’autres caressent la France à lisse-poil pour une aide au G-5 du Sahel afin de lutter efficacement contre les terroristes, flûte !

Enfin comme si tous ces problèmes non résolus ne sont pas assez urgents et cuisants, l’on en rajoute pour s’orienter et s’occuper des problèmes de la jeunesse, dont le financement est fichtrement plus caillouteux.

Comprenne qui pourra la logique de l’UA.

Moïse Sidibé