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Arrestation de Takana, dialogue politique, troisième mandat : ce qu’en pense le ministre Tibou Kamara

Invité de la télévision nationale le lundi 25 juillet, Tibou Kamara, ministre d’Etat, ministre Conseiller à la Présidence de la République, s’est largement exprimé sur la question de l’arrestation de l’artiste Mouctar Soumah, alias ‘’Takana Zion’’, interpelé dans la matinée du lundi alors qu’il organisait avec plusieurs de ses amis un carnaval pour dénoncer la gouvernance actuelle, la cherté de la vie ainsi que la question du troisième mandat qui, bien que non encore annoncé officiellement, est au centre de tous les débats. Lisez cet entretien du moins édifiant:

Monsieur le ministre, l’artiste Takana Zion a été interpelé ce matin (lundi 25 juillet, NDLR) par les forces de l’ordre pour une marche ‘’non-autorisée’’. Comme pouvez-vous expliquer cette arrestation ?

C’est une situation regrettable et malheureuse dans la mesure où on aurait pu éviter cela, si chacun avait fait preuve de responsabilité, de retenue et surtout se faire le devoir de respecter les lois de la République. Puisque les mêmes lois qui reconnaissent à chaque citoyen des droits et des libertés en déterminent les limites et les conditions dans lesquelles ces droits et libertés doivent s’exercer.

Vous le savez, même l’opposition qui est légitimement fondée à manifester, à recourir à des manifestations lorsqu’elle estime que certains droits qu’elle doit exercer ne sont pas respectés, elle en informe les autorités et celles-ci, à leur tour, prennent les dispositions nécessaires pour que les droits et les libertés des uns s’exercent sans gêner les droits et les libertés des autres. Mais surtout que cela n’affecte pas l’ordre public et la paix sociale dans notre pays. C’est ainsi que l’opposition, contrairement au passé, a pu récemment tenir des meetings à Kaloum, Ratoma, Matoto en accord avec les autorités. Et pour la première fois dans les manifestations politiques dans notre pays, il n’y a pas eu d’incidents, il n’y a pas eu d’actes de vandalisme. Parce que chacun a pris ses responsabilités et chacun était conscient de ses droits et devoirs. Il faut que chacun d’entre nous comprenne que l’exercice des libertés et des droits s’accompagnent de la responsabilité qui nous incombe en tant que citoyen mais aussi dans l’esprit et dans le respect des lois de la République.

Monsieur Takana Zion, malheureusement, a en frein à la règle d’informer les autorités de son intention de manifester, est allé même à l’encontre de l’interdiction qui a été faite de cette manifestation. Dans de telles conditions, force restant à la loi, il était nécessaire et même normal de l’interpeler pour l’entendre sur les motivations qui l’ont poussé à défier l’autorité de l’Etat et à perturber l’ordre public dans la cité. Vous savez, la démocratie a des règles. Le contrat social que nous avons impose que chacun de nous fasse un effort de concession des libertés et des droits qui lui sont reconnus pour permettre l’application des règles communes de vie.

C’est ainsi qu’on vit en société. Et dans la démocratie comme la France en a une très vieille et grande démocratie que personne ne conteste, lorsque la police intervient, cela veut dire qu’il y a une interdiction de manifester. Et ceux qui ont bravé l’interdiction de manifester comme on le voit assez souvent, sont interpelés pour être entendus et après la Justice décide des suites à donner à l’affaire. C’est ce qui s’est exactement passé ce matin. Je pense que c’est l’occasion de demander à chaque citoyen de respecter les lois de la République. Ce qui ne veut pas dire que les droits qui sont reconnus ne vont pas s’exercer. Je viens de donner l’exemple de l’opposition qui a manifesté dans les quartiers réputés sensibles et qui, habituellement, au cours de ses manifestations rencontrent des difficultés liées à des accrochages entre les forces de l’ordre et les manifestants. Mais cette fois, puisque chacun a compris, il fallait faire preuve de responsabilité, de retenue et surtout de se conformer aux lois de la République, il n’y a pas eu le moindre incident. Donc l’appel que j’ai à lancer, c’est qu’il faut user de ses droits, exercer ses libertés dans le respect strict des lois de la République et avec le souci de ne pas gêner les libertés des autres et surtout troubler l’ordre public.

Comment faire pour que le débat politique ne soit pas dans la rue entre l’opposition et le gouvernement ?

Je voudrais d’abord dire que chaque Guinéen se félicite du climat de paix qui règne dans notre pays depuis un certain temps, se félicite également de la confiance retrouvée entre les acteurs politiques. Le chef de l’Etat, le Pr Alpha Condé, comme vous le savez, a été l’initiateur du dialogue politique. Son implication personnelle et la volonté qu’il a manifestées ont également permis d’aboutir à un accord politique. Et il s’est engagé en face de la nation et du monde à faire en sorte que les accords soient appliqués parce que d’abord, c’est un homme qui a le sens de la parole donnée, mais également qui a le souci de la paix sociale dans notre pays. Et le chef de file de l’opposition, El hadj Cellou Dalein Diallo, pourrait en apporter le témoignage éloquent.

Chaque fois qu’il y a eu des difficultés dans l’application des accords politiques, le dialogue entre le chef de l’Etat et lui, la bonne foi que chacun a manifestée, ont permis de surmonter les difficultés. On est dans ce processus encore aujourd’hui. Vous savez déjà que le code électoral a été adopté par la Cour Constitutionnelle, malgré tout le débat qu’il y a eu autour, nous attendons la promulgation du texte pour qu’il soit effectif.

Au même moment, l’indemnisation des victimes qui est un point essentiel de l’accord politique a aussi fait l’objet d’une attention particulière du chef de l’Etat qui, dans l’esprit de consensus et de concertation avec les partenaires politiques et sociaux, a demandé qu’ils fassent des propositions par rapport à l’indemnisation des victimes. Il avait la possibilité à sa discrétion de décider de cela. Mais il a voulu privilégier le dialogue. C’est pourquoi il a attendu que l’autre partie fasse des propositions qu’il pourrait prendre en compte pour que dans l’indemnisation, ce soit un processus concerté. Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous dire que l’opposition, à travers le chef de file, a fait des propositions pour l’indemnisation des victimes. Et le chef de l’Etat y accordera une attention bienveillante.
Vous savez aussi que la CENI aujourd’hui, malheureusement, est traversée par une crise interne qui ne lui permet pas d’accomplir les actes qu’on attend d’elle dans l’application des accords politiques. Il s’agit notamment de l’audit du fichier électoral et de l’élaboration d’un chronogramme qui nous permettent d’aller aux élections communales et communautaires avant la fin de cette année. Là aussi, l’Etat est en train de faire ce qu’il peut, grâce à la volonté politique du chef de l’Etat, pour résorber la crise interne, pour permettre qu’au sein de la CENI reviennent la sérénité et la confiance pour s’atteler à l’essentiel. C’est-à-dire la conduite, dans les meilleures conditions, du processus électoral. Pour ce qui est de la CENI, l’opposition a déjà fait des propositions qui ouvrent le débat sur la question du renouvellement de la CENI. Encore dans l’esprit de la concertation et du consensus, il y a fort à parier qu’on parviendra à la mise en place d’une nouvelle CENI après bien sûr qu’on ait franchi l’étape des élections communales et communautaires. Le dialogue n’est pas rompu, la confiance n’est pas non plus rompue. Il y a des difficultés évidentes dans l’application de l’accord liées à beaucoup de conditions et de contingences qui sont en train d’être levées. Je suis convaincu qu’on parviendra à un accord comme d’habitude et qu’il n’y a pas de raison de manifester le 2 août et que le débat ne sera pas dans la rue comme par le passé parce que l’espoir de tous les Guinéens est que l’accord politique soit maintenu et que le pays continue à connaître la paix qu’il connaît aujourd’hui.

Par rapport au troisième mandat que l’opposition évoque souvent, que répondez-vous concrètement ?

Je pense qu’on ne peut pas parler d’un troisième mandat lorsqu’on est au début d’un deuxième mandat, on n’est même pas encore au mi-mandat. Je pense que la préoccupation aujourd’hui est celle d’aller au bout du deuxième mandat et de faire en sorte qu’il tienne toutes ses promesses, et comble les espérances des Guinéens. Et comme aujourd’hui les défis et les priorités que nous avons, c’est d’améliorer les conditions de vie de nos populations, c’est de faire en sorte que le processus électoral qui est en cours soit relancé pour faire face à des échéances qui sont déjà connues, qui sont les élections communales et communautaires, les élections législatives en 2018 et l’élection présidentielle de 2020. Je pense qu’il faut créer, dès maintenant, les conditions d’aller à ces élections en respectant le jeu démocratique, en faisant en sorte que règne le maximum de transparence pour que tous les candidats à ces différentes élections se sentent en confiance et que les résultats qui en seront issus ne souffrent d’aucune contestation qui pourrait affecter le climat politique dans notre pays et créer les conditions de violence ou de désordre.

Donc faisons en sorte de réussir ce deuxième mandat, faisons en sorte de créer dans notre pays un débat sur nos institutions, la solidité et la légitimité de ces institutions. Et cela dépend d’un processus électoral ouvert, crédible et transparent dont les résultats ne seront contestés par personne. Aujourd’hui c’est le vrai débat. Maintenant chaque chose à son temps. S’il est vrai que ce troisième mandat dont on parle tant et qui fait couler beaucoup d’encre et de salives et qui n’a pas encore été lancé ni par la majorité, ni une reforme qui aurait été entreprise pour parvenir à cela, je pense que faire le débat avant tout cela, c’est gaspiller son temps, son énergie et divertir inutilement notre peuple qui est aujourd’hui préoccupé par son présent et son avenir.

Propos transcrits par Guilana Fidel Mômou