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Alpha Condé, la presse et le syndicat : Le clash ! La démocratie est-elle en péril en Guinée ? 

Une double crise secoue en ce moment la société guinéenne dans son ensemble. Il s’agit de la grève des enseignants et du musèlement des médias e n République de Guinée. D’origines différentes, ces deux crises convergent aujourd’hui sur un point unique qui est l’interdiction  faite par le président Alpha Condé aux médias, sous peine de leur fermeture, de donner la parole à  une certaine  voie syndicale, celle d’Aboubacar Soumah, le secrétaire général adjoint du syndicat des enseignants libres et chercheurs de Guinée (SLECG), jugée subversive. La menace présidentielle est sérieuse et connait un début d’exécution avec la « suspension » à Labé, en Moyenne Guinée, de la radio BTA FM qui a donné la parole à M. Soumah, devenu ces jours-ci la bête noire du chef de l’État. Aussi, la radio et télévision Gangan, a été suspendue pour les mêmes raisons. Cette mesure extrême répand un grand malaise dans le milieu journalistique et porte frontalement atteinte non seulement à la liberté de la presse mais aussi au droit d’un représentant syndical d’exprimer librement ses opinions.

En effet, la fermeté du président Condé surprend lorsqu’on sait qu’il a, dans le passé bénéficié d’un traitement de faveur de la presse lors de son arrestation et de son emprisonnement par le régime de feu général Lansana Conté, homme fort de la Guinée dans les temps. Cette fermeté s’accommode mal aussi avec la légalité qui exige que toute mesure contre la presse soit prise soit par la Haute Autorité de la Communication (HAC) soit par la justice. D’ailleurs, la HAC, pour une fois, à travers un communiqué, a recadré le régime de Conakry en disant « qu’elle est la seule institution habilitée à suspendre ou à fermer un media ».

Dans l’histoire récente de la Guinée, une telle prise de position radicale par le chef de l’exécutif  contre la presse et le syndicat est rarement connue. Le contentieux que le président vient de nouer avec la presse aura inévitablement des conséquences durables sur sa relation avec celle-ci. Pourtant, il n’en avait pas besoin étant donné qu’il s’était auparavant qualifié de « Mandela » et « d’Obama » de la Guinée, deux figures emblématiques connues pour leur sens élevé  du respect des valeurs de démocratie et de tolérance en toutes circonstances. L’ex président Lansana Conté, en son temps, avait survécu à une longue et exténuante crise avec les syndicats. Jamais il n’avait intimé aux médias l’ordre de refuser le passage sur leurs antennes des syndicalistes autrefois plus radicalisés. Peut-être était-il conscient que la Guinée a dépassé ce stade ? Bien entendu, à son temps, des gens zélés de son pouvoir agissaient parfois à son nom sans qu’il ne soit au courant.

La décision que vient de prendre son successeur élu est inquiétante pour ceux qui tiennent à cœur la démocratisation de la société et qui voient dans le dialogue une vertu pour résoudre les crises sociales de fond. Au lieu d’être un signe d’apaisement, le musèlement de la presse et la menace proférée à l’endroit de certains représentants syndicaux portent en eux les germes d’une radicalisation du pouvoir dans le règlement des conflits sociaux.

Au demeurant, faut-il le souligner avec amertume que cette double crise fait plusieurs victimes. Il s’agit tout d’abord de ces milliers d’écoliers, obligés de rester à la maison avec le risque de  perdre l’année scolaire. Il y a aussi la liberté syndicale qui prend un coup avec la diabolisation de leurs leaders non conformistes. Sans compter enfin la peur que chacun peut ressentir aujourd’hui dans l’expression de ses opinions et convictions les plus intimes.

Avec cette radicalisation des positions du premier magistrat du pays contre la presse et une franche du syndicat à moins de trois ans de la fin de son deuxième et dernier mandat, peut-on dire que les acquis démocratiques sont-ils en péril en Guinée ?

La question mérite d’être posée avec acuité !