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Côte d’Ivoire : pourquoi et par qui Laurent Gbagbo a été renversé ?

L’ancien président ivoirien n’a pas été renversé par la France comme il l’a dit depuis la Haye, mais par le gouvernement français de l’époque. Il faut faire la part des choses. Mais sait-il les raisons de son renversement qu’on pourrait en douter. Les choses étaient flagrantes pour beaucoup, pas pour lui. A l’époque, il n’écoutait rien, n’entendait rien, ne voyait rien, aveuglé par son pouvoir et aussi par son arrogance, il faut bien le dire.

Les mots ne doivent pas choquer, même s’ils peuvent heurter pour faire comprendre à d’autres d’éviter de faire de même et ils sont nombreux sur le continent. Pourquoi mettre la vérité historique sous le boisseau ?

Si l’on se permet de dégager le boisseau de dessus la vérité, voici ce qu’on peut voir clairement : dans le pré-carré français, les politiques africaines ont toujours fonctionné au gré des changements de pas entre la Gauche et la Droite. Par exemple, les relations entre la France gaulliste et celle de Giscard d’Estaing avec la Guinée ont été différentes. Laurent Gbagbo n’avait pas vu ou considéré la Realpolitik, cela l’a perdu.

Explications : on se rappelle qu’en 2008, pendant le deuxième septennat de François Mitterrand, l’Afrique fut mise à feu et à sang par les exigences d’alternance démocratiques. A l’époque, la France était le seul bailleur de fonds du continent, tous les dictateurs devaient jouer le jeu, sous peine d’être privés de l’aide au développement. Avec la chute du Mur de Berlin, on voyait alors des opposants de tous poils venir taquiner et tenter de mettre en cause les gouvernements mis en place par la Droite gaulliste depuis les indépendances ou plus récemment. Le soutien du PS français était à peine dissimulé en Guinée, les mousquetaires venus de Paname se sont heurtés à un roc, « D’Artagnan » pourrait en parler, puisqu’il est le seul qui reste des quatre, tout comme au Togo et un peu partout. Le seul qui avait lâché l’os était Mathieu Kérékou. En Côte d’Ivoire, lui, Laurent Gbagbo avait failli  laisser des plumes face au « Vieux Bélier de Yamoussokoro », il pourrait aussi en parler dans ses mémoires pour nous éclairer la lanterne. Au Rwanda, ça avait tourné au vinaigre…

Soit que Mitterrand eût compris ses erreurs monumentales, soit qu’il eût vu et compris que son successeur au PS, Lionel Jospin, ferait pire et causerait la perte du PS, l’histoire nous apprend qu’il avait souhaité que Jacques Chirac le succédât. Chirac le succéda et la cohabitation politique avec Premier-ministre Lionel Jospin fut un désastre jusqu’à l’élection de 2002. Jospin n’arriva qu’en troisième position, derrière Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac. Le PS s’effaça totalement de la scène politique française. Les alliances devaient changer.

En Côte d’Ivoire, le général-balayeur Robert Guéï avaient fait fuir Konan Bédié mais Laurent Gbagbo avait balayé celui qui voulait balayer et quand Alassane Ouattara avait voulu prendre le même balai contre Gbagbo, s’il n’avait pas grimpé le mur de l’ambassade d’Allemagne… Les Guinéens sourient à une histoire de « condéboy » semblable.

Bref, c’est là que les malheurs de Laurent Gbagbo ont commencé. Les Socialistes avaient perdu la main. Les amis de Alassane Ouattara sont aux commandes. Si Jacques Chirac a été  d’une longanimité admirable pour accepter tous ses caprices de faire « le boulanger », se croyant indéracinable avec les mercenaires importés d’Afrique du sud et des Soukoys d’Ukraine, il en rajoutait abusivement.

La goutte qui avait fait déborder la coupe est cette élection qu’il avait de toute évidence perdue mais, il avait fait interrompre la proclamation avec une arrogance digne du National Socialisme. Les observateurs internationaux et même l’ONU étaient d’accord que rien d’anormal n’avait entaché cette élection, la même antienne. Le recomptage exigé par Gbagbo lui fut refusé, à tort, il faut le dire.  Gbagbo refusait de quitter et se cramponnait au pouvoir. Des Français disparaissaient. La guerre civile interminable avait fait des milliers de morts, cela avait décidé l’ONU, sur instigation de la France de Sarkozy d’intervenir pour le déloger.

Si on résume tout cela dans un bouquet, Laurent Gbagbo avait voulu continuer à danser à contre temps, à faire l’arrogance avec tout le monde alors que ses maîtres socialistes n’avaient plus un seul morceau de pouvoir en France. Le tempo et le timing ont été fatals pour son pouvoir, mais sa vie a été préservée. Kadhafi n’a pas eu cette baraka.

 Il ne fallait pas rire socialisme quand ce sont d’autres qui trônent. L’Afrique a toujours marché au rythme du pas que marque la France. Laurent Gbagbo l’a ignoré éperdument, cela l’a perdu. Mais sa perte ne doit pas incomber à la France, mais au gouvernement français de l‘époque. Demain, le gouvernement de La République En Marche ne doit pas être pris pour la France.

Comme on le voit, toute vérité n’est pas bonne à dire, dit-on, mais si une vérité n’est pas bonne à dire, c’est un mensonge qui le serait ?

Moïse Sidibé

 

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