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Youssouf Sylla : « La Cour suprême kényane vient de montrer la voie aux juridictions supérieures africaines »

Le juriste, analyste politique et chroniqueur Youssouf Sylla se fait voix de l’annulation, par la Cour suprême kényane, des résultats du pays. Une réalité qui, du regard de M. Sylla, a un sens de portée immense.

En ce sens que cette « Cour suprême kényane vient de montrer la voie aux juridictions supérieures africaines en termes d’audace et de responsabilité dans la gestion du contentieux électoral », évalue-t-il.

« Alors que les pays occidentaux, notamment le Royaume-Uni, la France et d’autres avaient accrédité les résultats du scrutin présidentiel du mois d’août dernier, le juge suprême kényan a jugé que le processus mis en oeuvre par la Commission électorale pour la réélection du président sortant était illégal et contraire à la Constitution du pays », commente le juriste.

« Par conséquent, déduit notre interlocuteur, l’élection telle qu’organisée est nulle ».

Enjeux

De l’avis de l’analyste et chroniqueur Sylla, cette leçon donnée par la Cour suprême kényane vaut tout son pesant d’or. D’autant plus qu’elle devrait inspirer toutes ces Commissions électorales dites indépendantes en Afrique qui s’attachent plus à donner des quitus aux élections corrompues à la base que de travailler pour la sincérité des scrutins.

On sait qu’en Guinée, l’administration publique qui était en charge de l’organisation des élections politiques n’inspirait confiance à personne sinon qu’au gouvernement lui-même. Mais est-ce que le transfert de cette compétence à une autorité administrative « indépendante » a-t-il permis au mieux de répondre aux attentes des acteurs politiques et même du public?

La réponse du juriste est plutôt négative. « Puisqu’en 2010, rappelle-t-il, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) s’était montrée si incompétente qu’il a fallu -comble de la honte- faire appel à un malien pour la présider ».

Récemment, la guerre de leadership intervenue au son sein de cet organe en charge de gestion des élections politiques en Guinée a conduit au remplacement de son équipe dirigeante par une autre dont on attend de voir les preuves sur le terrain.

Désormais, la question qui taraude les esprits est celle de savoir si la Cour constitutionnelle guinéenne aura l’audace de sanctionner à l’image de sa consœur kényane en cas d’irrégularités affectant la sincérité du vote.

Toutefois, dans l’optique de mettre nos « sages » à l’épreuve, les politiques devraient aller au-delà des préjugés et former des recours.

« Il ne s’agit pas seulement de tomber dans une dénonciation ou d’appeler les gens dans la rue chaque fois qu’il y a des problèmes. Il convient aussi et surtout de saisir les juges pour arbitrer les conflits politiques, économiques et même sociaux. C’est à ce prix qu’une démocratie se construit et se consolide », balise M. Sylla en guise de conclusion.