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L’UA : encore trop jeune pour avoir 54 ans à 54 membres, à quand l’âge de la maturité ?

Comme toutes les organisations nées précipitamment et au forceps à cause de l’antagonisme prononcé de ses membres, l’Afrique en a vu de toutes les couleurs de la contradiction et de la division. A 54 ans bien sonnés, les séquelles de sa naissance laborieuse ne lui permettent toujours pas de se lever et de marcher fermement vers son destin. L’Afrique est encore flageolante et chancelante.

Née trop tôt et prétendre à l’unité est une chimère et une gageure: le contexte et la conjoncture internationale ont à la fois tout fait pour et contre la naissance, mais tirée au forceps, l’organisation continentale était passée si près de  l’avortement que même son nom de baptême ne fut pas par consensus mais par un modus vivendi terne.

Certains ne voulaient pas qu’elle s’appelât Organisation de l’Unité Africaine, mais Organisation de l’Union Africaine. Pour eux, avec les multiples contradictions internes et les orientations politiques des Etats dictées par l’extérieur, il ne pouvait pas y avoir Unité, dans laquelle chacun doit renoncer à une parcelle de sa souveraineté, mais Union, dans laquelle chacun est libre de ses faits et gestes. L’histoire leur a donné raison, le souverainisme est toujours à l’ordre du jour chez les tartuffes de l’Unité. Chacun fait ce qu’il veut dans son pays, modifie la constitution, confisque le pouvoir, musèle les opposants et pille son pays à sa guise… L’Unité dans la prématurité et dans la précocité, est pire que brûler les étapes.

L’exemple de l’Europe, qui s’est construite lentement, qui a franchi toutes les étapes obligatoires, pas à pas, de 3 à 6, puis à 9 et à 12 pour le Marché commun  et enfin à 27, 60 ans après sa naissance et qui connait toujours des à-coups, des quintes de toux et des soubresauts, est plus qu’édifiant. La monnaie et la frontière communes ne sont pas pour tout les pays membres. Le Brexit n’est-il pas significatif ?

En pleine Guerre froide qui divisait le monde en deux blocs, d’un seul coup et 3 ans seulement après la vague des indépendances, sans que tous les pays du continent ne soient libres, l’OUA était à 32.  Les pays africains qui faisaient partie des Non-alignés avaient fini par s’aligner derrière un bloc ou un autre incarné par la division aiguë du Conseil de Sécurité. Les USA, la Grande Bretagne et la France constitueront le bloc occidental et se donnera le nom de « Communauté Internationale » et l’Union Soviétique et la Chine derrière lesquelles s’aligneront les pays qui se disaient Non-alignés. Cette  guerre froide s’est déteinte sur l’OUA dans son fonctionnement et continue de la miner, bien qu’elle s’est éteinte avec la chute du mur de Berlin, il y a de cela plus d’un quart de siècle, la rémanence demeure.

De nos jours, la situation internationale a changé les alliances, les cartes sont rebattues, mais le continent ne retrouve toujours pas l’unité, pis encore les pays se sont fractionnés pour grossir en nombre à 54 membres, l’Union est bien compromise malgré la relance de 1999.

Il n’y a aucun mécanisme et levier pour remettre dans le rang les dérives des membres, dont les dirigeants se comportent comme des rois récalcitrants, jeunes ou vieux, rien ou presque n’est commun aux 54 membres : au nom d’une souveraineté de souverains, rois et empereurs, il n’y a pas de monnaie commune, pas de défense commune, pas de parlement fonctionnel, pas de Cour africaine de justice fiable et viable, pas de barrière douanière commune, pas de libre circulation des personnes et des biens entre les Etats des organisations régionales et sous-régionales… Rien de commun n’est fonctionnel, rien de consensuel ne sort des sommets des chefs d’Etat, ce qui fait dire, non sans objectivité que l’UA est une coquille vide, dans laquelle des syndicats de dirigeants se forment au gré des intérêts personnels sur le dos des peuples et cela n’est pas dit sous forme de brûlot, mais un constat amer de frustrations.

 Quand on voit les vagues intarissables de jeunes qui fuient et qui préfèrent aller se noyer en Méditerranée que de vivre dans l’oppression du népotisme, de l’ethnocentrisme, dans le non-respect de la dignité humaine, dans la misère de leurs pays indépendants et libres depuis plus d’un demi siècle, il n’y a pas de quoi pavoiser et parader pour les 54 ans d’existence déplorable. Dans ces conditions, il vaut mieux pour eux d’aller se noyer dans les eaux froides que de vivre dans la honte.

Il est temps de faire un virage et faire volte-face aux habitudes des dinosaures politiques. Quand il s’agira de chercher des vieux sans sagesse, l’Afrique est bien un vivier intarissable de cette espèce d’engeance, qui se soutiennent et qui sont solidaires les uns des autres. Il faut locher le cocotier. L’an 54 de l’organisation continentale devrait être l’occasion de réfléchir sur le triste sort des Africains démunis et non une célébration de la mauvaise gouvernance.

Il faut pasticher les premiers révolutionnaires pour clamer haut et fort: « Prolétaires de tous les pays unissez-vous, vive le changement en Afrique ! ».

Si les chefs d’Etat du continent pouvaient aussi se réveiller sans être réveillés, s’ils pouvaient acquérir une sagesse digne de leurs âges…

Moïse Sidibé

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