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Sommet UA – UE 2017 à Abidjan : L’intégralité du discours d’Alpha Condé

En douze minutes de communication, Alpha Condé le président en exercice de l’Union Africaine a en général touché du doigt tous les aspects du partenariat entre l’Union Européenne et l’Union Africaine. Le chef de l’État guinéen n’a pas manqué de mettre l’accent sur l’actualité du continent africain qui reste dominé par la traite des Noirs en Libye, les menaces terroristes, le développement durable, l’indépendance de l’Afrique pour ne citer que ceux-ci. Lisez !

« En ma qualité de président en exercice de l’Union Africaine, je voudrais dire toute mon appréciation par rapport aux dispositions idoines prises par les autorités ivoiriennes pour créer le cadre idéal nous permettant de faire face au devoir qui nous interpelle, celui d’assurer le renouveau du partenariat Union Africaine – Union Européenne.

Majesté, Mesdames et monsieurs,

Lors de notre quatrième sommet qui s’est tenu à Bruxelles en avril 2014, nous avons pris des engagements dans le cadre d’une déclaration politique assortie d’une feuille de route pour la période 2014 – 2017. En dépit des progrès indéniables réalisés dans le cadre de notre coopération, l’atteinte de nos objectifs compromis par des défis sécuritaires et humanitaires, la persistance des conflits et la recrudescence des activistes terroristes sans occulter le changement climatique, ensemble l’Union Africaine et l’Union Européenne se sont investies pour apporter des réponses appropriées à ces préoccupations majeures dans le cadre du G5-Sahel. Et là, nous saluons le rôle joué par la France et le président Macron et nous invitons tous les autres pays européens à se joindre à la France pour permettre au G5-Sahel d’être opérationnel. Du sommet d’Allemagne sur la migration, des COP 21, 22, 23, de la conférence des Nations Unies sur les ODD (objectif de développement durable), de la conférence d’Addis-Abeba sur le financement du développement ; voilà pourquoi nous abordons avec un optimise fondé ce cinquième sommet Union Africaine – Union Européenne qui a pour thème « investir dans la jeunesse pour une croissance inclusive, accélérée et un développement durable ».

Ce thème est d’autant plus d’actualité que l’Union Africaine considère que la dividende démographique est un facteur du développement. En 2014 à Bruxelles, l’atmosphère était clairement à l’optimisme. Les deux dernières années ont hélas beaucoup changé les perspectives concernant l’Afrique. On ne pouvait pas en effet imaginer à Bruxelles, que les prix des matières premières et la demande internationale concernant ces ressources allaient diminuer de manière significative ; on ne pouvait pas aussi imaginer que le modèle de développement chinois allait secouer l’ensemble des indicateurs économiques globaux. On pouvait tout au plus prévoir que le système financier provoquerait des taux d’intérêt négatifs ou encore la volatilité des taux de change et une diminution de la consommation globale. On n’avait pas à l’esprit que l’émission du populisme pouvait déboucher sur des violences à l’égard des migrants ; on n’imaginait pas que l’accélération des changements technologique irait de paire avec une accélération accentuée des inégalités.

Majesté, madames et monsieurs,

L’Afrique a connu en 2015 et en 2016 tous comme d’autres régions du monde, les pires années depuis le début du siècle. Qu’il s’agit du recul des progrès dans le domaine socio-politique, de l’apparition du terrorisme dans le Sahel et les zones arides ; à cette violence est venue s’ajouter la détérioration des indicateurs macroéconomique au cours des deux dernières décennies. Le contexte mondial ne nous a pas aidés non plus.

La conférence d’Addis-Abeba sur le financement du développement de notre continent au profit de la COP 21 s’est présentée plus préparer que jamais. Au niveau continental, nous avons bien avancé sur des dossiers comme la mise sur pied de notre fonds de paix, l’établissement d’une zone de libre-échange pour la réforme de notre organisation continentale. Ce que je vais dire, c’est que nous avons progressé dans des domaines où il est possible d’avancer. Des difficultés ne nous ont pas épargnés mais aujourd’hui, on peut se féliciter de n’avoir pas baissé les bras.

Comme vous le savez, l’Afrique comptera en 2050 près de 2,4 milliards d’habitants. Des stratégies et mécanismes destinés à promouvoir l’épanouissement des jeunes, l’autonomisation des femmes et la protection des jeunes filles sont plus que jamais nécessaires en vue de faire de l’explosion démographique une opportunité économique assurant une croissance soutenue et durable. Il va s’en dire que la prospérité que nous ambitionnons passera nécessairement d’abord par le développement du secteur rurale principale source de revenue et gage de sécurité alimentaire dans nos populations. Il nous appartient de mobiliser les financements nécessaires pour l’aménagement des terres et la maitrise de la gestion de l’eau.

La prospérité de l’Afrique passera aussi par le développement des infrastructures notamment l’énergie source de valeur ajoutée et de création de milliers d’emplois pour les jeunes.

Je voudrais ici saluer la coopération entre l’Union Africaine et l’Union Européenne pour la mise en œuvre de l’initiative africaine pour les énergies renouvelables conçues par des Africains, pour des Africains. Et nous saluons le rôle joué par notre banque sous la direction de notre frère.

Enfin, je ne saurais parler de véritable prospérité si on ne donnait à nos jeunes de véritables compétences pour accéder aux marchés du travail. C’est pourquoi, je tiens à mettre un accent particulier sur le soutien à la santé, à l’éducation et à la formation professionnelle.

Majesté, madames et monsieurs,

Comme je l’ai toujours dit, l’Afrique a décidé de parler d’une même voix et de prendre en main son destin. Notre intégration politique, économique et financière ne peut que renforcer notre crédibilité. Le partenariat Union Européenne – Union Africaine se fond sur un nouveau paradigme gagnant – gagnant dans la perspective de la mise en œuvre d’un agenda 20/30 des ODD (objectif de développement durable) qui rime avec la vision 2033 de l’Afrique dont mon cher frère est le champion.

Des progrès indéniables enregistrés par l’Afrique dans le cadre de la bonne gouvernance et de la croissance montrent à suffisance la capacité de notre contient à entretenir des partenariats équilibrés et viables.

En ce qui concerne la bonne gestion, notre région a encore battu tous les records de progrès de l’indicatrice du climat de la banque mondiale. Notre dette a certes augmenté mais elle est toujours en dessous de 50% par rapport au PIB (produit intérieur brut), c’est-à-dire un des taux les plus bas du monde. Par ailleurs, notre inflation en général est maitrisée. La forte croissance de la demande d’électricité en Afrique durant les prochaines décennies consécutives à la progression de sa population demande davantage d’investissement dans ce secteur stratégique d’où la priorité qu’il convient d’accorder à ce secteur.

J’ai la ferme conviction qu’ensemble, nous pouvons juguler la pauvreté en luttant contre ses causes profondes. L’interdépendance entre l’Europe et l’Afrique nous commande à œuvrer pour la mise en place d’un espace de coopération solidaire capable de sceller davantage des relations qui ont uni nos peuples tout au long de l’histoire. La paix et la sécurité du développement durable demeurent le fondement de notre partenariat. Nous serons ensemble pour relever les défis sécuritaires et humanitaires notamment dans le Sahel.

Donnons-nous la main pour apporter des solutions plus humaines à cette crise migratoire qui impacte les relations entre le nord et le sud. Nous condamnons énergiquement les actes abominables commis dans certains pays de la corne de l’Afrique notamment en Libye. Ces faits sont intolérables et inacceptables. La communauté internationale doit prendre des mesures fermes pour mettre fin à ces crimes d’un autre âge.

Majesté, madames et monsieurs,

Au moment où nous nous engageons vers la mise en place d’un nouveau partenariat, je voudrais vous féliciter de l’appui constant de l’Union Européenne qui démure l’un des partenaires privilégier de notre continent. Je tiens à mettre en exergue le fonds fiduciaire d’urgence pour la lutte contre les causes profondes de la migration irrégulière comprenant un volet pour le financement de l’emploi jeune en Afrique. Le plan d’investissement extérieur mis en place pour le développement durable en Afrique ainsi que des investissements de l’UE pour faire face au changement climatique sur le contient.

Majesté, madames et monsieurs,

Je reste confiant à l’avenir radieux de la coopération Union Européenne – Union Africaine car les priorités du nouveau partenariat ont été choisies par l’Afrique et traduisent les attentes de nos populations notamment en matière de paix, de sécurité, de développement économique et social ainsi que la bonne gouvernance. L’atteinte de ces objectifs profitera avant tout bien naturellement à la jeunesse qui trouvera en Afrique la clé de son bien-être et de son épanouissement dans des Etats désormais plus résilients.

Vive la coopération entre l’Union Européenne et l’Union Africaine,

Vive la coopération internationale,

Je vous remercie. »

Propos recueillis par Alaidhy Sow, envoyé spécial de Guinéenews à Abidjan.