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An 54 de l’UA: l’Ambassadeur Fatoumata Kaba revient sur cette célébration à Addis et le discours du président Alpha Condé

L’Union africaine a célébré jeudi 25 mai 2017 son 54ème anniversaire à son siège à Addis-Abeba, en Ethiopie sous le thème : « Tirer pleinement profit du dividende démographique en investissant dans la jeunesse ». A l’occasion de cette cérémonie solennelle, c’est l’ambassadeur, Représentant permanent de la Commission, Mme. Sidibé Fatoumata Kaba qui a livré le message du président Alpha Condé, président en exercice de la Conférence de l’Union Africaine.

D’entrée de jeu, le président de l’Union africaine a rappelé le contexte de la création de l’organisation axé essentiellement sur la lutte pour l’indépendance en soutenant les mouvements de libération nationale et en relayant toutes les initiatives diplomatiques, notamment aux Nations unies, visant à condamner solennellement le fait colonial.

« Toutes ces actions se sont nourries de l’idéal panafricain. Cinquante-quatre ans après la réunion historique d’Addis-Abeba, ce qui prouve bien la vitalité du panafricanisme, l’Afrique a jeté les bases de l’Union africaine qui sur de nombreux points, tranche avec l’OUA», a indiqué dans son allocution le président Alpha Condé.

Si l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) visait la libération des pays sous domination coloniale, l’Union africaine s’accentue sur le renouvèlement  et la consolidation du projet d’intégration politique et économique dont les bases avaient été jetées à Addis-Abeba lors de la création  de l’organisation.

Le président Alpha Condé, par la voix de son Représentant permanent à la Commission de l’UA, l’Ambassadeur Fatoumata Kaba, souligne l’impérieuse nécessité d’instaurer sur tout le continent un climat stable et dynamique pour permettre enfin à l’UA de relever les nouveaux défis.

 « Après l’accession des Etats africains à l’indépendance, les dirigeants africains ont cherché à concrétiser dans les faits les idéaux pour lesquels ils s’étaient battus, au premier rang desquels le développement socio-économique du continent. Il est évident que l’Afrique a fait des progrès importants dans les domaines politique, social et économique. Pour assurer la promotion de la compétitivité économique de notre cher continent et créer une prospérité partagée, il est désormais impératif d’instaurer un climat à la fois stable et dynamique, fondé sur la bonne gouvernance et l’état de droit, favorable à l’investissement. La prévention des conflits et le règlement pacifique des différends à travers le dialogue et la médiation revêtent une importance cruciale pour la réalisation de l’objectif visant à faire taire les armes en Afrique à l’horizon 2020. »

De la nécessité de réformer l’Union Africaine

Pour Alpha Condé, l’autre problème auquel les pays membres de l’Union Africaine devront faire face, c’est la réforme de l’organisation : « face aux défis actuels et émergents ayant fait le constat de l’état actuel de notre organisation, une réforme de l’institution s’est avérée nécessaire pour lui permettre de centrer son action sur les domaines prioritaires ayant une portée continentale. Cette réforme se focalisera sur une meilleure division du travail entre les organes de l’Union, les Communautés économiques régionales et les Etats membres. La mise en œuvre immédiate de la réforme financière de l’Union permettra de réaliser une autonomie de financement considérable. Notre institution panafricaine, pour être crédible, ne peut plus se reposer sur l’assistance financière des partenaires. Il est temps, grand temps, de prendre nous-mêmes en charge le financement de nos propres ambitions et de nos propres rêves. »

La jeunesse, l’atout du continent

Selon le président Alpha Condé, l’Afrique est la région la plus jeune du monde, puisque deux Africains sur trois sont âgés de moins de 25 ans. Cela, dit-il, constitue un atout majeur pour le continent.

«Cet indicateur est un atout majeur pour impulser la transformation socioéconomique à travers le continent. L’accès des jeunes à la santé, à l’éducation de qualité, leur autonomisation, la lutte contre le chômage des jeunes est une réponse significative à la pauvreté et leur utilisation par les groupes terroristes. Il convient aussi d’impliquer de manière plus significative les acteurs de la société civile dans la sensibilisation de la jeunesse sur les dangers que représente le discours radical. A ce propos, la mise en œuvre de la Charte Africaine de la Jeunesse, entrée en vigueur le 8 août 2009, offre de réelles chances pour la participation effective des jeunes au processus de développement», a-t-il rappelé.

De la réforme de l’ONU pour que l’Afrique, longtemps victime d’injustice, puisse siéger enfin au Conseil de Sécurité avec au moins deux représentants permanents  

Face aux autres pays membres de l’Organisation des Nations Unies, le président en exercice de l’UA invite ses pairs à agir pour que l’injustice dont le continent est victime soit réparée notamment en exigeant à ce qu’il ait désormais au moins deux membres permanents au sein  de l’ONU.

«Sur le plan international, il est également temps de tenir compte de l’importance démographique, politique et économique de notre continent afin de reconsidérer le rôle qu’il peut et doit jouer sur la scène internationale. C’est sous cet angle que doit être abordée la question de la réforme du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies pour réparer l’injustice dont est victime le continent africain. Cette réforme devra permettre, entre autres, d’accorder au minimum deux sièges de membres permanents à l’Afrique au sein du Conseil de sécurité. »

L’autre préoccupation pour le continent évoquée dans l’intervention du patron de l’Union africaine, c’est l’émigration, la crise des refugiés et des personnes déplacées.

« Les conflits en Afrique continuent de provoquer le déplacement massif des populations, ce qui est à l’origine de nombreuses crises humanitaires. Il est évident que les migrants, ainsi que les réfugiés sont des êtres humains qui ont droit au respect de leur dignité et à la protection de leurs droits comme tout-un-chacun », a-t-il ajouté.

Les NTIC, un moyen d’électrifier le continent

Pour stimuler la croissance économique et tirer pleinement avantage de la science et de la technologie, Alpha Condé soutient que la seule alternative valable et viable pour l’Afrique, reste l’électrification qui doit être une priorité.

« L’accès pour tous à l’énergie et plus particulièrement à une énergie propre est primordial pour l’industrialisation et la transformation structurelle du continent. A cet égard, je me réjouis des nombreux projets en cours de réalisation dans le cadre de l’initiative africaine sur les énergies renouvelables. L’utilisation de nouvelles technologies de l’information et de la communication est tributaire de la facilité d’accès à l’électricité », a-t-il conclu.

Par ailleurs, il faut rappeler que les cérémonies de commémoration de ce 54ème anniversaire de l’organisation panafricaine ont été marquées, selon l’Ambassadeur de Guinée à Addis-Abeba, par une série de communications ayant porté sur plusieurs thématiques dont, entre autres, l’historique de la création de l’OUA ; les défis de la décolonisation ; la transformation de l’OUA en Union Africaine ; l’Agenda 2063 et son premier plan décennal ; les différents instruments juridiques adoptés dans le domaine de la démocratie, de la gouvernance, la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples ; les questions de paix et de sécurité. Sans oublier le thème de l’année : « Tirer pleinement profit du dividende démographique en investissant dans la jeunesse » de même que les 4 piliers du dividende démographique : l’emploi et l’entrepreneuriat ; la santé et le bien-être ; l’Education et le développement des compétences ; la Gouvernance et la participation civique des jeunes.

Chacun de ces exposés a été suivi de discussions fructueuses entre les participants à cette journée dédiée à l’UA, a indiqué la Représentante guinéenne auprès de l’institution panafricaine.

Et pour terminer cet UA Day en apothéose, a-t-elle confié à Guinéenews au bout du fil, un concert haut de gamme a été organisé dans l’après-midi puis un diner africain au cours duquel chaque région, chaque pays a présenté sa meilleure spécialité gastronomique. Le clou final a été la coupe du gâteau d’anniversaire par l’Ambassadeur, Fatoumata Kaba en compagnie de ses collègues diplomates présents à ces festivités du 54ème anniversaire de l’UA à Addis-Abeba.

Une dépêche de Camara Moro Amara en collaboration avec Alhassane Bah 

 

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L’UA : encore trop jeune pour avoir 54 ans à 54 membres, à quand l’âge de la maturité ?

Comme toutes les organisations nées précipitamment et au forceps à cause de l’antagonisme prononcé de ses membres, l’Afrique en a vu de toutes les couleurs de la contradiction et de la division. A 54 ans bien sonnés, les séquelles de sa naissance laborieuse ne lui permettent toujours pas de se lever et de marcher fermement vers son destin. L’Afrique est encore flageolante et chancelante.

Née trop tôt et prétendre à l’unité est une chimère et une gageure: le contexte et la conjoncture internationale ont à la fois tout fait pour et contre la naissance, mais tirée au forceps, l’organisation continentale était passée si près de  l’avortement que même son nom de baptême ne fut pas par consensus mais par un modus vivendi terne.

Certains ne voulaient pas qu’elle s’appelât Organisation de l’Unité Africaine, mais Organisation de l’Union Africaine. Pour eux, avec les multiples contradictions internes et les orientations politiques des Etats dictées par l’extérieur, il ne pouvait pas y avoir Unité, dans laquelle chacun doit renoncer à une parcelle de sa souveraineté, mais Union, dans laquelle chacun est libre de ses faits et gestes. L’histoire leur a donné raison, le souverainisme est toujours à l’ordre du jour chez les tartuffes de l’Unité. Chacun fait ce qu’il veut dans son pays, modifie la constitution, confisque le pouvoir, musèle les opposants et pille son pays à sa guise… L’Unité dans la prématurité et dans la précocité, est pire que brûler les étapes.

L’exemple de l’Europe, qui s’est construite lentement, qui a franchi toutes les étapes obligatoires, pas à pas, de 3 à 6, puis à 9 et à 12 pour le Marché commun  et enfin à 27, 60 ans après sa naissance et qui connait toujours des à-coups, des quintes de toux et des soubresauts, est plus qu’édifiant. La monnaie et la frontière communes ne sont pas pour tout les pays membres. Le Brexit n’est-il pas significatif ?

En pleine Guerre froide qui divisait le monde en deux blocs, d’un seul coup et 3 ans seulement après la vague des indépendances, sans que tous les pays du continent ne soient libres, l’OUA était à 32.  Les pays africains qui faisaient partie des Non-alignés avaient fini par s’aligner derrière un bloc ou un autre incarné par la division aiguë du Conseil de Sécurité. Les USA, la Grande Bretagne et la France constitueront le bloc occidental et se donnera le nom de « Communauté Internationale » et l’Union Soviétique et la Chine derrière lesquelles s’aligneront les pays qui se disaient Non-alignés. Cette  guerre froide s’est déteinte sur l’OUA dans son fonctionnement et continue de la miner, bien qu’elle s’est éteinte avec la chute du mur de Berlin, il y a de cela plus d’un quart de siècle, la rémanence demeure.

De nos jours, la situation internationale a changé les alliances, les cartes sont rebattues, mais le continent ne retrouve toujours pas l’unité, pis encore les pays se sont fractionnés pour grossir en nombre à 54 membres, l’Union est bien compromise malgré la relance de 1999.

Il n’y a aucun mécanisme et levier pour remettre dans le rang les dérives des membres, dont les dirigeants se comportent comme des rois récalcitrants, jeunes ou vieux, rien ou presque n’est commun aux 54 membres : au nom d’une souveraineté de souverains, rois et empereurs, il n’y a pas de monnaie commune, pas de défense commune, pas de parlement fonctionnel, pas de Cour africaine de justice fiable et viable, pas de barrière douanière commune, pas de libre circulation des personnes et des biens entre les Etats des organisations régionales et sous-régionales… Rien de commun n’est fonctionnel, rien de consensuel ne sort des sommets des chefs d’Etat, ce qui fait dire, non sans objectivité que l’UA est une coquille vide, dans laquelle des syndicats de dirigeants se forment au gré des intérêts personnels sur le dos des peuples et cela n’est pas dit sous forme de brûlot, mais un constat amer de frustrations.

 Quand on voit les vagues intarissables de jeunes qui fuient et qui préfèrent aller se noyer en Méditerranée que de vivre dans l’oppression du népotisme, de l’ethnocentrisme, dans le non-respect de la dignité humaine, dans la misère de leurs pays indépendants et libres depuis plus d’un demi siècle, il n’y a pas de quoi pavoiser et parader pour les 54 ans d’existence déplorable. Dans ces conditions, il vaut mieux pour eux d’aller se noyer dans les eaux froides que de vivre dans la honte.

Il est temps de faire un virage et faire volte-face aux habitudes des dinosaures politiques. Quand il s’agira de chercher des vieux sans sagesse, l’Afrique est bien un vivier intarissable de cette espèce d’engeance, qui se soutiennent et qui sont solidaires les uns des autres. Il faut locher le cocotier. L’an 54 de l’organisation continentale devrait être l’occasion de réfléchir sur le triste sort des Africains démunis et non une célébration de la mauvaise gouvernance.

Il faut pasticher les premiers révolutionnaires pour clamer haut et fort: « Prolétaires de tous les pays unissez-vous, vive le changement en Afrique ! ».

Si les chefs d’Etat du continent pouvaient aussi se réveiller sans être réveillés, s’ils pouvaient acquérir une sagesse digne de leurs âges…

Moïse Sidibé

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