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31 morts

Accidents mortels à Dubréka : au-delà du bilan, les leçons à tirer​​​​​​

Le cycle infernal d’accidents tragiques enregistrés dans la commune urbaine de Dubréka entre le samedi 6 et le lundi 15 mai 2017 restera à jamais gravé dans la mémoire collective des Guinéens.

Avec plus de 30 morts et autant de blessés graves et surtout avec la répétition, trois fois d’affilée, de cette série macabre de catastrophes routières, il est loisible d’affirmer qu’il y a eu amplement de quoi interloquer le plus averti, voire le plus endurci.

Il en est ainsi des accidents : leur caractère soudain, instantané, violent, spectaculaire, agit  comme un aimant sur certains individus. Lesquels, comme  par l’effet d’une fascination irrésistible sont  attirés par la vue du sang qui coule, les morts étalés, dispersés, écrasés, les blessures graves, les cris de détresse, les tôles froissées ou fumantes…. Les témoins d’accident grave sont formels. Les premiers instants, soutiennent-ils, on est comme  hypnotisé, subjugué, tétanisé, ne sachant que faire du premier coup. En pareilles circonstances, il faut avoir, selon eux, à défaut d’expérience ou de formation  adéquate, les nerfs bien solides pour intervenir très rapidement et judicieusement.

L’envers de la médaille existe aussi. Face à l’accident, beaucoup  perdent leurs moyens. Ils s’enfuient, crient, pleurent, tremblent de tout leur corps et parfois même s’évanouissent.

  La duplication de cette réalité est aussi vérifiable sur un autre plan. Dès qu’un accident se produit, les citoyens  développent, dans le tumulte qui  s’ensuit, une gamme de réactions qui s’enchainent voire s’enchevêtrent. Quand les pulsions dominantes sont avivées par les cris de colère et les invectives, cela conduit inévitablement au refus absolu d’accepter l’évidence de l’accident et son caractère imprévisible et non souhaité. L’anarchie s’installe alors et c’est le syndrome de la violence qui prend le dessus et s’empare de la foule. S’en suivent aussitôt les actes que tout le monde regrette après coup : refus d’obtempérer aux injonctions des agents ou de tout autre citoyen «plus raisonnable» que les autres, injures, menaces, coups et blessures, incendie de véhicules et destructions, parfois même bastonnade à mort du conducteur que les vandales, décidés qu’ils sont à « rendre justice », jugent d’office coupable.

Moins la violence de la foule, le même état d’esprit ou le même niveau de compréhension peut être observé chez quelques décideurs et autres gestionnaires du secteur. S’ils n’ont pas la vision, le recul et l’analyse nécessaires, ils restent dans l’improvisation et l’approximation. Pire, ils prennent dans la précipitation, des décisions inopportunes pour vite combler la forte attente suscitée par l’émoi collectif.

La plupart des usagers ont en partage un comportement psychologique assez singulier. Dès l’instant qu’ils sont témoins, auteurs ou victimes d’accident, ils sont portés à la prudence dans la conduite. Ils roulent à vitesse réduite. Quelque temps après, tout est oublié. L’état d’esprit inhibiteur des premiers moments s’estompe peu à peu, cédant la place aux anciennes habitudes qui refont surface.

Les piétons, cyclistes, motocyclistes et automobilistes qui empruntent la route sont soumis aux mêmes droits et devoirs, pour tout dire, aux mêmes règles. C’est ce qui fait de la circulation routière, un domaine parmi les plus partagés qui soient. Chaque usager a sa propre lecture sur le «comment on circule». Commentaires, jugements, supputations, conclusions hâtives, constats équivoques, tous les genres y passent, traduisant toujours le niveau de compréhension de chacun.

Ce qui manque souvent au tableau, c’est l’analyse, l’approche rationnelle, systémique des questions de la circulation. Ce domaine est réservé aux spécialistes.

En général, dans les pays en développement, l’on se fait une idée empirique, sinon même atavique de la survenue des accidents. Pour une bonne frange de la population, l’accident reste l’expression d’une fatalité contre laquelle on ne peut rien. A l’annonce de morts ou de blessés graves, on répond le plus simplement du monde : «c’est le destin». Cette vision  absout les comportements répréhensibles de bon nombre de conducteurs. C’est la porte ouverte au laxisme, à la récidive et à l’impunité.

Pour les spécialistes, l’accident n’est jamais l’effet du hasard ou de la fatalité. Dans le triptyque homme, véhicule et route, il est largement prouvé que la responsabilité de l’homme est toujours engagée dans la survenue d’un accident. La proportion va même au-delà de 90%. Pour s’en convaincre, il suffit de lister les infractions au code de la route. Aucune d’entre elles ne disculpe l’homme ou ne s’en dissocie formellement. C’est pourquoi il est admis que si on ne peut enrayer définitivement les accidents, par contre on peut, par la prévention, en réduire la fréquence et la gravité.

S’agissant de l’accident du 7 mai dernier à Yorokoguiya qui aura fait 31morts à ce jour, il est fait cas de surcharge, d’insécurité de passagers, d’excès de vitesse et de dépassement dangereux. Dommage pour les victimes innocentes que ce drame aura généré !

Dans aucun des maillons du processus ayant conduit à cet accident, le hasard ou la fatalité ne sont en cause. Tout avait été planifié à l’avance: un véhicule conduit par un chauffeur identifié comme tel, a été affrété à l’effet de conduire un groupe de personnes à un lieu de mariage ; des personnes consentantes, au-delà de la limite autorisée, ont été acceptées à bord ; aucun agent de sécurité routière ou autre, ayant vu le véhicule de son point de départ à l’endroit fatidique n’a trouvé à redire, même au prix d’un incident ou d’une altercation avec le chauffeur ou les occupants. Des témoins soutiennent d’ailleurs que ce véhicule ne passait pas incognito. Sa surcharge était trop évidente. Des gens partout, serrés à l’intérieur, en grappes sur les flancs, accrochés à tout ce qui pouvait les retenir, perchés sur la galerie. Malgré cette gêne ou cette incommodité, il y avait de l’ambiance à bord. On chantait, il y avait la joie… jusqu’au moment où, dans un virage, le chauffeur a commis l’infraction de trop et… tout s’est arrêté d’un coup !  Son véhicule, lancé à vive allure pour finir un dépassement à risque, venait d’entrer en collision violente avec un camion roulant en sens inverse!

Des innocents ont payé de leurs vies les conséquences d’un comportement. D’autres sont blessés et souffrent dans leur chair, ce qui fait penser à l’équation post-accident et ses données, jusque-là marquées d’insuffisances non comblées.

Déjà les autorités administratives et sanitaires à tous les niveaux se sont impliquées dans la prise en charge des victimes. L’optimisme est de mise. Il le serait davantage si les véhicules sont assurés.         

Dans ce drame, la route et le véhicule ne sont pas les facteurs déterminants. C’est plutôt la responsabilité de l’homme qui est engagée. Sacrifices, incantations, vœux pieux, colères débridées, réactions hâtives n’y changeront rien. C’est le comportement de l’homme qui doit changer.

Des spécialistes soutiennent que pour un conducteur, l’erreur, la faute, l’imprudence ou la négligence dans l’entretien et l’usage d’un engin roulant restent des prémices certaines d’accidents. Il en va de même pour le piéton, le riverain ou le passager. Nul n’est à l’abri des accidents.

Toute démarche pour réduire cette hécatombe sur nos routes doit tenir compte des strates qui classifient les usagers. Parmi eux, les illettrés sont les plus nombreux.  A ces derniers s’ajoutent ceux lettrés, peu ou pas formés en conduite automobile. Pour ces deux entités, la réponse des autorités doit être la même : les former et les sensibiliser. La frange qui reste, est constituée des usagers lettrés, formés ou pas, qui se croient tout permis et ne respectent rien dans la circulation.

A ceux-là, il faut réserver la sanction et la rigueur de la loi. Parallèlement, la manifestation d’une réelle volonté politique est indispensable pour soutenir et renforcer les cadres institutionnel, structurel et conjoncturel qui organisent et impulsent le secteur des transports et de la sécurité routière.

 La clé de voûte pour un meilleur devenir de la circulation routière devra reposer sur la formation des jeunes en vue de préparer une nouvelle génération de conducteurs aux compétences avérées et au sens civique élevé.

Ainsi l’usager guinéen, à bord de véhicules  « propres et sécurisants » pourra circuler sur des routes améliorées, contrôlées par des agents bien formés et équipés, avec l’assurance  de bénéficier d’une prise en charge rapide et efficace en cas d’accident… La preuve sera ainsi donnée que la sécurité routière est une priorité nationale. 

Une analyse de Diao Diallo, Consultant à Guinéenews

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