Archief

Categories

15 juin 2010

Les conditions de son acquisition, causes de son arrêt et la situation de sa relance : tout sur le train ‘’Conakry Express’’

Conakry Express, c’est ce train qui assurait quotidiennement le déplacement des milliers d’habitants de la capitale entre le Centre-ville de Kaloum et la haute banlieue.

Dès la mise en circulation de ce train urbain très moderne et confortable, la plupart des Conakrykas ainsi que des banlieusards avaient pris l’habitude de laisser leurs voitures à la maison. Certains qui vivent dans les zones de Dubréka et de Coyah laissaient leurs véhicules à Kagbelen pour s’embarquer dans le train et les reprenaient le soir.

La circulation du train avait un double avantage : à cause du faible coût de son ticket, ce train soulageait énormément les usagers qui venaient de très loin. Ensuite les trafics du Conakry Express permettaient à bien d’égards de désengorger considérablement la circulation routière. Ce qui, du coup, réduisait les énormes bouchons dans la circulation surtout aux heures de pointe.

Mais depuis le 4 octobre 2016, Conakry Express est à l’arrêt. Huit mois après, Guinéenews© s’est intéressé aux raisons ayant provoqué cet arrêt, ses conditions d’acquisition, de même que les causes qui retardent encore sa relance pourtant annoncé depuis cinq mois.

Tout a commencé en 2009 du temps du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) du capitaine Moussa Dadis Camara, quand le gouvernement d’alors a noué un partenariat public-privé avec le groupe China International Fund (CIF) pour la fourniture du train. Et le 15 juin 2010, en pleine transition, l’engin est arrivé en Guinée.

Mais pour son exploitation, il a fallu qu’un accord soit trouvé entre la Compagnie des Bauxites de Kindia (CBK) de Rusal et la Société nationale des chemins de fer de Guinée (SNCFG), puisque le train devra utiliser les rails de la CBK.

Dans l’accord de partenariat avec les Chinois, il est dit que c’est le groupe CIF qui doit assurer la fourniture du matériel et les investissements, le préfinancement des opérations d’entretien du train, la fourniture du carburant, les pièces détachées, la formation du personnel guinéen puis le suivi de la sécurité du matériel. Ensuite, il y a l’assistance  technique assurée par des expatriés chinois qui doivent être payés.

 Le train troqué contre des concessions minières

Au départ, les autorités guinéennes avaient nié que le train devait revenir à la Guinée, affirmant que c’est une propriété des Chinois. Mais quand les documents contractuels ont été exhibés et se fondant sur le principe de la continuité de l’Etat, elles ne pouvaient qu’admettre la dure réalité.

«On a dit donc qu’on va essayer de négocier pour ramener le matériel au prix réel. Parce qu’en réalité, au moment où les gens fournissaient le train, l’idée était de faire presqu’un troc contre des concessions minières. Les partenaires chinois s’étaient intéressés à une mine dont ils ont commencé l’exploitation », rapporte Me Badras Yora, Directeur général de la Société nationale des chemins de fer de Guinée (SNCFG).

Mais l’adoption d’un nouveau code minier a tout changé. Malgré la non-rétroactivité de la loi, les Chinois ont été obligés d’abandonner la mine qu’ils exploitaient.

La Guinée avait donc un moratoire de quatre ans pour commencer à rembourser ces financements effectués par les Chinois. C’est pourquoi, en 2014, le groupe CIF a soumis à la Guinée deux projets de convention pour signature, notamment la convention de remboursement de fourniture et d’investissements et un projet d’assistance technique.

Pour examiner ces projets, une commission comprenant des cadres techniques des ministères des Finances, du Budget, des Transports, de la Justice, de l’Industrie (Puisque l’actuel ministre de l’Industrie avait participé à la transaction en 2009 à cause de son lien avec le CNDD) et les représentants du CIF.

Pendant que la commission interministérielle était sur le point de finaliser le dossier, il y a eu l’arrestation de Mahmoud Thiam aux Etats-Unis puis celle du patron des Chinois. L’affaire a été  portée au Conseil des ministres. Et voilà, tout d’un coup, le gouvernement a fait une relation de cause à effet entre le contrat et l’arrestation de ces deux responsables de haut niveau, arguant que l’accord portant sur cet investissement, était scellé sur une base mafieuse. C’est ainsi qu’il a fait surseoir le dossier en attendant l’issue du procès.

Mahmoud Thiam a-t-il sauvé la Guinée ?

Après le jugement, c’est Mahmoud Thiam, ancien ministre des Mines, a été condamné. Le procès n’a pas touché la Guinée. Pourtant, plusieurs militaires guinéens et des ministres actuels, devraient être convoqués. Mais Mahmoud Thiam a assumé et n’a dénoncé personne. Ce qui a permis à la Guinée d’avoir été félicitée pour sa « bonne collaboration », alors que si M. Thiam ne s’était pas tu, le FBI (federal bureau of investigation) serait venu en Guinée pour mener des enquêtes.

C’est donc seulement après la condamnation de l’ancien ministre des Mines que le processus de relance du train a été entamé. Et le président de la République s’y est même impliqué. C’est pourquoi la commission interministérielle renforcée s’est retrouvée de nouveau au ministère de la Justice le 5 mai 2017 pour examiner le dossier.  Parmi les ministres concernés, seule la ministre de l’Economie et des Finances, Malado Kaba, n’était pas présente à cette rencontre. Elle s’est fait représenter par son chef de cabinet. Les conclusions issues de cette réunion indiquent qu’il y a des textes juridiques relatifs au dossier qui sanctionnent la collaboration et la nécessité de remboursement de la partie chinoise.  Des propositions de solution et recommandations issues de cette réunion ont été consignées dans un document qu’ils ont appelé « Compte rendu relatif à la relance de l’exploitation du train de banlieue, Conakry Express ». Ce document a été transmis aux ministres concernés et au Conseil des ministres.

Un contrat léonin ou très mal ficelé ?

Avec un moratoire de quatre ans et un intérêt de 6%, le contrat était vraiment mal négocié par les militaires. La Guinée a profité des risques que les Chinois ont pris pour les coincer davantage. Ce qui a fait que le montant à rembourser est baissé de 85 millions à 42 millions de dollars. Ce montant pourrait connaître une autre réduction puisque la commission a pu réduire le taux d’intérêt de 6% à 1,25%.

«L’échéancier de paiement était de six ans. Le ministère des finances a dit qu’en Guinée, c’est 20 ans. Donc, en élargissant sur les 20 ans, le coût va diminuer encore. Pendant les six premiers mois qui vont suivre la relance du train, on ne paiera rien. On ne paiera que les taux d’intérêt avant de commencer à payer le montant principal au terme des six ans », précise Me Badras Yora.

Malgré tout ce travail fait par la commission technique, la ministre de l’Economie et des Finances ne voulait pas signer le document. C’est ainsi qu’elle a commis un groupe d’experts de l’Union Européenne pour examiner le dossier. Conclusion, il est prématuré d’envoyer en Afrique un matériel moderne comme Conakry Express et raison a été donnée à la commission technique qui a examiné le dossier avant, puisque les Européens ont estimé que le prix du train était même sous-évalué.

Une fois le train relancé, le tarif habituel va doubler

A en croire le Directeur général de la Société nationale des chemins de fer de Guinée, la reprise de la circulation du train va poser de nouvelles exigences, puisque les partenaires chinois ne vont plus payer le carburant, les pièces détachées, l’assistance technique jusque-là assurée par les expatriés chinois. Conséquence, le tarif du train sera doublé par rapport à l’ancien tarif qui est de 500 GNF par tronçon, soit 4000 GNF du Petit Bateau (Kaloum) à Kagbelen. Avec ce tarif, la SNCFG n’a pu mobiliser que 16 milliards en six ans d’exploitation.

Cette recette, ajoute-il,  ne peut payer aucun grand poste. Elle ne peut même pas payer les pièces détachées qui coûtent 150 mille à 200 mille dollars par an. Elle ne peut non plus participer au remboursement de l’emprunt, ni au paiement du carburant (15 mille à 20 mille litres, chaque deux semaines) encore moins assurer le salaire du personnel au nombre de 250 (de 750 mille GNF à 1 million 200 mille GNF). A cela, il faut ajouter la sécurité dans le train, composée de 15 policiers et 20 gendarmes. Chacun d’eux reçoit une prime mensuelle de 200 mille GNF. Puis, les vigiles qui assurent la sécurité au niveau des différents arrêts pour un montant de 10 millions 500 mille GNF par mois. Il y a aussi la vidange à faire à tout moment (1.200 litres d’huile).

En plus de ces charges, le train est souvent victime d’attaques de la part des citoyens. Quand il y a des manifestations ou opérations journée ville morte, ils sont entre le marteau et l’enclume, puisque si le train ne roule pas, le gouvernement les accuse de soutenir l’opposition. Et s’il circule, il essuie des jets de pierres. Ce qui a fait qu’une fois, soutient Badras, il y a eu 22 vitres cassées. L’autre difficulté, c’est les ordures qu’on jette quotidiennement sur les rails. Une vingtaine de personnes sont recrutées pour déblayer les rails chaque matin. Les multiples sensibilisations des citoyens n’ont rien changé.

Le Directeur général de la Société nationale des chemins de fer de Guinée annonce qu’une décision bonne ou mauvaise sera prise la première dizaine du mois de juin 2017 dans le cadre de la relance du train. Puisque le groupe China International Fund peut ne pas accepter les conclusions de la commission technique comme il peut les accepter.

Cet article Les conditions de son acquisition, causes de son arrêt et la situation de sa relance : tout sur le train ‘’Conakry Express’’ est apparu en premier sur Guinéenews.